Claire-Mestre

Nos enfants sont-ils racistes ?

Conversation 50NN #1

 

« Un enfant peut être raciste alors que ses parents ne le sont pas »

Interview de Claire Mestre, intervenante de la Conversation 50NN #1

 

1. A quel âge les enfants deviennent-ils conscients de la couleur de peau ? Quand commencent-ils à y attacher certains préjugés?

 Les enfants reconnaissent dès la maternelle la couleur de la peau : marron, rose, jaune… sans connotation hiérarchique ou péjorative. L’acquisition des préjugés, et surtout de la discrimination, se fait avec la socialisation à l’école, dans les familles et autres lieux. Frantz Fanon, un des premiers auteurs à avoir articulé une réflexion sur le poids politique du regard et de la couleur de la peau, l’explique très bien dans son ouvrage « Peau noire, masques blancs ». Lorsqu’un enfant dit en le voyant : « Oh… un Noir ! », quelque chose se noue dans le regard. Il ne dit pas « Oh, un homme marron », ce qui ne serait rien d’autre que la constatation d’une différence. Cet enfant vient de reconnaître un Noir, avec tout ce que cela comporte de représentations sociales. C’est à ce moment-là qu’on entre dans un processus d’assignation. Et en effet, même les enfants peuvent porter ce regard.

 

2. Est-ce que les réflexions racistes d’un enfant viennent forcément de ses parents ?

 Non, pas du tout. Contrairement à l’idée reçue, ce n’est nécessairement la faute des parents. Un enfant peut être raciste alors que ses parents ne le sont pas. Même dans des milieux multiculturels, on n’échappe pas à ces questions. Des enfants peuvent avoir des réflexions racistes à l’égard de leurs proches, voire même des membres de leur famille, parce qu’ils n’ont pas la « bonne » couleur. Cela montre que très jeune on hérite d’une histoire qui a créé des hiérarchies entre les êtres humains en fonction de la couleur de la peau.

Cela passe par notre vocabulaire, par les images véhiculées dans les médias, par la société dans laquelle nous baignons. Je n’appellerais pas cela un « inconscient collectif » mais plutôt un « insu collectif », car nous ne soupçonnons même pas ce qui se joue à travers nous et à travers les mots que nous utilisons.

 

3. Comment réagir face aux réflexions racistes de nos enfants ?

La différence est un point de questionnement pour les enfants, qu’elle soit sexuelle ou d’apparence (je pense, par exemple, aux enfants souffrant d’un handicap). Ce qui est troublant, c’est quand de cette différence ils font une hiérarchie. Dans les cours de récréation, à l’abri du regard des adultes, enfants et adolescents expérimentent la cruauté et transforment parfois leurs constats de différence en expérience de violence. Il revient alors aux adultes de faire un travail d’éducation qui va passer par la déconstruction de ces mécanismes. Cela vaut aussi pour les enfants blancs qui sont face à un autre impensé, hérité de l’époque coloniale : le blanc ne serait pas une couleur mais une sorte de repère, d’étalon, à partir duquel on définirait les autres. Là aussi, c’est important de déconstruire. On a tous une couleur de peau, même quand on est blanc.

 

Interview de Dominique Tchimbakala pour 50 Nuances de Noir

Claire Mestre. Ethnopsychiatre, psychothérapeute et anthropologue, elle est responsable de la consultation transculturelle au CHU de Bordeaux. Depuis vingt ans, elle écoute les maux des populations migrantes et des personnes victimes de traumatismes intentionnels : violences domestiques, sexuelles, politiques ou culturelles. Son parcours professionnel et personnel l’a conduit à s’intéresser à la question de l’adoption internationale, ainsi qu’aux problématiques liées au regard de l’autre. La question du racisme traverse tout son travail.

 

« Nos enfants sont-ils racistes ? »

Conversation 50NN #1

Mardi 16 octobre à 19H30 chez Kwerk Bienfaisance

44-46 rue de la Bienfaisance, 75008 Paris

M° Miromesnil

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