Viviane-Rolle-Romana

« Etre confronté au racisme enfant est beaucoup plus destructeur qu’à l’âge adulte »

Interview de Viviane Rolle-Romana, intervenante de la Conversation 50NN #1

 

1. A quel stade de leur développement les enfants sont-ils susceptibles d’exprimer du racisme ?

 Je dirai à partir de 7 ans, l’âge de raison. Dans les écoles maternelles, les enfants voient les différences de couleur mais ils n’y mettent pas d’enjeu. A l’âge de 7 ans, ils commencent à conceptualiser. Ils deviennent plus autonomes et n’apprennent plus uniquement de leurs parents, mais aussi de leurs camarades. C’est aussi à cette période qu’ils commencent à se confronter à leurs pairs. C’est là, généralement, que les problèmes de racisme apparaissent. Ils s’intensifient au collège.

 

2. On pense souvent au racisme exprimé à l’encontre des enfants noirs, maghrébins et asiatiques. Cela est-il vrai dans l’autre sens ?

 Le racisme est un sentiment partagé par tous. J’interviens dans des établissements d’éducation prioritaire à Paris où il y a extrêmement peu de mixité sociale. Dans ces collèges, les enfants blancs se plaignent d’être confrontés au racisme. Il s’agit de faits avérés : des insultes, des coups. Si ces enfants se retrouvent en position d’être victimes de racisme, c’est parce qu’ils sont minoritaires. Cela nous montre que le racisme est un rapport de force.

 

3. En cas de conflit raciste entre enfants ou adolescents, comment agissez-vous ?

Le cheminement de tout individu nécessite de savoir. Avec les enfants, comme avec les parents d’ailleurs, il est important de mettre de la compréhension là où il y avait de l’ignorance. On ne peut pas donner du sens au racisme si l’on ne sait pas d’où ça vient, ni comment ç’a été produit. Quand je raconte l’histoire de l’esclavage aux enfants, ils comprennent qu’il y a eu une monstruosité. Des hommes et des femmes n’ont pas été considérés comme des être humains uniquement parce qu’ils étaient noirs. Des théories scientifiques racistes ont été produites sans être contredites. Aujourd’hui, on sait que du point de vue génétique la notion de race n’existe pas.

 

4. Ces explications suffisent-elles ?

Je fais également l’expérience de montrer aux enfants les différentes nuances de noir. Je leur demande qui, parmi leurs camarades, ils considèrent comme étant noir ou pas. On s’aperçoit très vite qu’il y a de la confusion. Ils prennent alors conscience de la subjectivité du classement des couleurs de peau.

Lorsque j’en ai la possibilité, j’organise de petits groupes de parole dans lesquels j’interroge le rapport de l’enfant à sa propre couleur de peau – qu’il soit victime de racisme ou auteur d’actes racistes. On découvre alors qu’il y a eu des blessures, souvent familiales, autour de la couleur. Or le fait d’être confronté au racisme dans l’enfance est beaucoup plus destructeur qu’à l’âge adulte.

 

Interview d’Isabelle Boni-Claverie pour 50 Nuances de Noir

Viviane Rolle-Romana. Psychologue, psychothérapeute spécialisée en ethnopsychiatrie, enseignante, elle travaille plus particulièrement sur les troubles identitaires des jeunes « issus de l’immigration », et l’accompagnement des parents migrants dans leur fonction parentale. Elle a créé le CAFAM, un espace de médiation culturelle dédié aux familles matrifocales où la femme assume seule la charge parentale, ainsi qu’aux familles monoparentales. Depuis 2009, elle intervient dans des écoles et des collèges de zones d’éducation prioritaire à Paris.

 

« Nos enfants sont-ils racistes ? »

Conversation 50NN #1

Mardi 16 octobre à 19H30 chez Kwerk Bienfaisance

44-46 rue de la Bienfaisance, 75008 Paris

M° Miromesnil

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