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KERY JAMES ACCUSE (vidéo)

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Kery James joue en ce moment au théâtre une pièce qu’il a écrite, « A vif », un plaidoyer vibrant pour la dignité des damnés de la République. 

A l’occasion de la sortie de mon livre, j’ai eu l’occasion d’être interviewée avec Kery James sur le plateau de BET BUZZ, par Rhokaya Diallo et Raphal Yem. Bien sûr, je connaissais Kery et ses raps engagés, mais c’est toujours différent quand on rencontre quelqu’un en vrai. On se rend compte alors de l’énergie que dégage la personne, de la façon dont elle vibre. J’ai tout de suite été frappée à la fois par la simplicité, le naturel et la force que dégage Kery James. Et c’est avec plaisir que j’ai accepté son invitation à aller voir la pièce de théâtre qu’il joue en ce moment au Théâtre du Rond Point, à Paris, puis en tournée : A Vif.

 

 

L’état est-il le seul responsable de la situation des banlieues ?

Prenant prétexte d’un concours d’éloquence qui oppose deux jeunes avocats : Souleymane, noir et originaire de banlieue, contre Yann, blanc et d’un milieu bourgeois, Kery pose la question qui fâche : l’Etat est-il le seul responsable de la situation dans les banlieues ?

Toute l’intelligence de Kery James, c’est de renverser les rôles attendus et d’aller à contre-courant des clichés. C’est Yann, le fils de bonne famille, qui juge l’Etat coupable d’avoir parqué et délaissé plusieurs générations d’immigrés et leurs descendants français. Tandis que Souleymane, lui, refuse d’être considéré comme une victime. Il veut croire en sa capacité à s’inventer un destin à la mesure de ses ambitions. Quitte à n’être qu’un arriviste?

Chacun se retrouve mis face à ses contradictions et à ses limites. Kery James n’épargne personne : nos dirigeants politiques qu’il met face à leurs responsabilités, mais aussi les jeunes de banlieue, Noirs et Arabes, « parce qu’il peut y avoir deux façons pour un groupe de faire face à la pauvreté, la solidarité ou le chacun pour soi. » Dans un vibrant « J’accuse! » il scande :

« Personne ne nous respecte et je crois savoir pourquoi
On est avares et divisés
On se fait avoir on ne forme même pas une communauté (…)
On veut pas le bien, on veut le gain
Quitte à détruire l’intérêt commun
On vit dans l’inconscience des enjeux
Et malgré nous, les médias nous ont mis dans le jeu
Manipulés comme des pions, tout le monde mise sur notre division
On subit la xénophobie
Incapables de s’organiser en lobby
On sera toujours des mendiants aux portes de leur monde. »

 

Tous ensemble

La salle a fini en standing ovation, emportée par la puissance, l’intelligence et le flot de Kery et de son sparring partner. C’est paraît-il tous les soirs pareils. Pour ma part, j’ai été particulièrement émue devant le tableau final, face à la Marianne du tableau de Delacroix « La Liberté guidant le peuple. » Cette promesse d’égalité faite par la République, quand deviendra-t-elle réelle pour celles et ceux qui, comme moi, comme Kery, comme beaucoup d’entre nous, ont des origines venues de l’ancien empire colonial français ?

 

 

Et vous ? Considérez-vous que l’Etat est seul responsable de la situation dans les banlieues ? Croyez-vous que la société française est organisée de façon à reproduire les inégalités ? Ou pensez-vous que c’est à chacun de s’en sortir par ses propres moyens ?

 

A VIF, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin Roosevelt, 75008 Paris, jusqu’au 1er octobre
et aux Editions Actes Sud-Papiers

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Directrice de la publication

Isabelle est scénariste et réalisatrice pour le cinéma et la télévision. Plusieurs de ses productions ont été récompensées. En 2015, son documentaire TROP NOIRE POUR ÊTRE FRANÇAISE est plébiscité par les médias et le public. Le livre, version autobiographique, sort en librairie en août 2017. Actrice du changement, elle met ses talents au service de la lutte contre les discriminations, se penchant sur ce qui bloque l’ascension sociale des Français à la peau noire, la reconnaissance de leur citoyenneté et l'instauration d'un véritable "vivre ensemble" en France.

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